Méthode Thys

HT03

I.S. C’est pas rien ta comparaison puisque pour Lévi-Strauss le cru et le cuit c’est la nature et la culture, le sauvage et le civilisé...

Bien entendu, on est là à un changement de dimension, bien que l’on sache très bien qu’un certain nombre de primates mettent du sel dans leur pomme de terre dorénavant, qu’ils ont certains types de tiges de différentes dimensions pour aller chercher des fourmis et que moi j’ai vu à la télévision - et mon ami Thinès a dit ce n’est pas possible, je n’ai jamais vu cela - un groupe de primates qui vont occire un jeune singe, je ne sais pas lequel, qui n’était sans doute pas de la même espèce qu’eux et encore, et on voit c’est le type qui a pris un bon morceau de viande, qui monte sur un arbre et qui s’installe confortablement et qui mange la viande. Il a la bouche pleine et il ajoute une feuille... qu’il prend à l’arbre.

J’ai tout de même tremblé bêtement parce que c’est le début de quelque chose tout de même ! Ne pas se contenter de la viande qui me semblait être quand même une priorité. A partir du moment où il veut de la viande comment peut-il encore être tenté par cette feuille ? D’autant plus que les feuilles sont là tout le temps et que la viande était exceptionnelle ; il met les deux en bouche, donc sa bouche était devenue une casserole.

Alors quelque part le mot casserole m’a gêné alors que je crois que le mot est bon mais quand on va dans des Conservatoires, il est un peu ridicule de dire au directeur, vous savez ce sont des casseroles... Et les casseroles me semblaient de nouveau une sorte de limitation, il y a les grandes et les petites casseroles...

En réalité, je pense que le mot espace/temps que j’ai trouvé aussi grâce à des tas de gens, qui ne vient pas de chez moi, c’est que on leur propose de faire un projet puisqu’ils n’ont pas d’instruments en main donc il n’y a pas de lien entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils feront entendre par après. Ce projet ne peut exister que dans un certain espace sinon il est illimité alors c’est l’espace dans le sens illimité, il ne peut pas y avoir de projet, ils parleraient du tout. Et ce projet ne peut avoir lieu que dans un certain temps, il ne peut pas être pour toujours.

Donc il me semble que ces grilles, ces bandes représentent le certain temps ou le certain espace. C’est ambigu, parce que cet espace, ici défini en centimètres, il est grand ou il est petit suivant qui resserre un projet qui est petit ou qui est grand - ce n’est pas comme en solfège où tout est délimité. Le temps effectivement ils font un projet pour... actuellement les cadres vont de dix secondes à dix minutes, donc ils définissent à l’avance leur espace/temps.

Et cet espace/temps on s’aperçoit sauf exception que cela fait partie de la forme, cela fait partie de leur projet, le temps est intégré. Sauf cas d’exception où l’enfant n’a plus aucune notion... mais se sont des cas tout à fait exceptionnels.

Donc voilà, cela s’est appelé partitions maintenant cela s’appelle espace/temps 1. J’aurai pu dire espace 1 mais alors le temps, c’est tout de même indispensable. Cela est assez sophistiqué, cela ne regarde pas les enfants, moi, je trouve que c’est un bon truc pour dire que le tout est intelligent... même si cela ne l’est pas !

Donc voilà je crois que l’on a terminé avec ce problème de la description des règles et de la manière...

Interruption…

...mais Nietzsche on peut dire qu’il s’est interrompu en 85, 86 puis là il a encore écrit des tas de choses, des notes etc. qui ne sont pas très connues, généralement les gens se réfèrent aux grandes oeuvres et puis je te dis il a improvisé.

Et je pense que l’on continue à croire qu’il est devenu fou, qu’il était incapable de poursuivre son travail etc. alors qu’aucune preuve ne vient, ni médicale, ni scientifique, rien ne permet de croire en quoi que se soit qu’il soit devenu fou, et tout a été dit quant à son découragement, quant à ce qu’il voyait dans la société, quant à sa solitude et quant à son impossibilité de se faire comprendre par qui que ce soit.

En 86, il écrit à son ami Gast, et il dit : "il faut que l’ami Gast écrive un manifeste littéraire où il exposera son goût, ses capacités, une esthétique, un programme. Remarquez néanmoins aujourd’hui comme tout est dérouté en matière d’esthétique. De nos jours, une profession de foi énergique, trouvera non seulement audience mais elle sera écoutée avec ardeur et gratitude. Nous avons un besoin urgent d’une profession de foi anti-romantique, ne plus demander à la musique de la morale et un relèvement du peuple, mais de l’art (ars), de l’art pour artiste, une espèce de divine indifférence. Une espèce de gaieté illicite, aux dépens de tout ce qui a de l’importance".

Ce type n’est pas fou pour écrire des choses pareilles, il a précisé là exactement sa rupture par rapport à Wagner. Absolument, de façon extrêmement précise.

Alors ce matin, je ne sais pas pourquoi, je reprends les derniers écrits de Nietzsche et je ne remet pas maintenant la main dessus... mais ici en lisant James, on s’aperçoit de la parenté justement de James qui définit que le comportement de la maîtrise de tout est complètement aberrant, que c’est tout simplement impossible, c’est un fantasme. Et ici il dit à quel point on ne peut pas continuer comme cela...

I.S. Et il dit après, l’art en tant que sentiment de supériorité et sommet s’opposant à…

C’est clair, c’est précis. Tu retrouves dans l’article d’Heidegger, et pourtant Lecoue-Labarthe ne l’a pas repris, peut-être qu’il ne l’a pas vu ? Moi, je vis avec ceci depuis dix ans en disant nom de Dieu, tâchons un peu de comprendre ce qui s’est passé, c’est notre histoire.

Et là aussi cela se rattache tout de même, il y avait plusieurs questions que j’avais picorées, et une de celle que j’avais picoré était... Question n°19

J’ai envie de répondre c’est possible à partir du moment où on n’agit pas comme Wagner. A partir du moment où on est totalement dans l’esprit d’une réalité du comportement qui est décrit par James - que naturellement Wagner ignorait - et de l’intuition de Nietzsche que toute prise de pouvoir qui intéresse tout le monde ne mène strictement à rien...

Il y a là… je trouve avec délectation à la page 116 du livre de James : "Quand à moi mon siège est fait : je suis contre la grandeur et l’énormité sous toutes leurs formes, et en faveur des forces morales, moléculaires et invisibles, qui opèrent d’individu à individu, se glissent au travers des fissures de l’univers comme de tendres radicelles multiples ou comme le suintement capillaire de l’eau, et finissent pourtant par lézarder les plus durs monuments de l’orgueil humain, si vous leur en laissez le temps". Voilà, cela va avec la lettre de Nietzsche.

Naturellement avec cette méthode je pourrais dire : j’ai découvert quelque chose tâchez de me rendre mon génie, mon monument... mais j’ai rien découvert du tout, cela se passe sur le terrain parce que c’est dans la nature du possible de la trouver et il est évident que c’est cela la force prodigieuse des changements.

Nietzsche avait dit les grands changements arrivent avec des pattes de colombe, avec le bruit des pattes de colombe ou quelque chose comme cela. Les changements ne peuvent pas arriver... la vision d’Hitler n’a pas pu aboutir, parce qu’il est évident qu’elle était retentissante. Et qu’elle amenait à ne pas pouvoir, par les fissures, par les... prendre corps avec chacun de nous dans sa différence - juifs compris, bien entendu - ce qui était le problème d’Hitler qui était totalement wagnérien...

Tu n’es pas sans savoir qu’Hitler dans sa jeunesse était le bon prêtre qui voulait que tout le monde soit heureux. Un peu comme le Jones qui a amené tous ces gens à commettre le suicide, enfin le même rêve d’un monde meilleur, d’un groupe etc.

Mais il n’y a pas d’autre réalité que celle-ci. La réalité d’être honoré, d’être... elle est dramatiquement malheureuse, elle ne repose sur rien... c’est un peu comme ce tableau que l’on a acheté, dont on est propriétaire, que l’on met à un endroit et qui vous coince, qui vous prend et qui vous empêche d’être tel que l’on pourrait être comme Daniel le décrit dans toutes les circonstances de la vie.

J’ai picoré cela parce que j’ai trouvé précisément ce que je voulais dire, parce qu’il le dit d’une façon presque poétique... "comme de tendres radicelles"...

Dans le Tohu-bohu, je vois une petite citation de Nietzsche : "quelqu’un qui lit Zarathoustra et qui n’est pas en même temps choqué et totalement déconstruit, et qui ne tombe pas immédiatement dans le ravissement, c’est qu’il n’a rien lu". Et là on se trouve dans le Tohu-bohu.

Le Tohu-bohu des enfants choque, déconstruit tout ce que l’on a connu et on tombe dans le paradis dès qu’on le regarde. C’est à dire que dès qu’on a maîtrisé ce réflexe de peur : mais on n’a jamais vu cela, qu’est-ce qu’ils vont faire, ils vont arriver à se tuer les uns les autres ? On a cette profonde joie, gaieté illicite décrite par Nietzsche, et on tombe, on est Zara... on est dans cette tentative de Nietzsche dans Zarathoustra de dire le tout à travers une tentative... il espérait que toutes les universités du monde feraient étudier Zarathoustra, et puis bon cela a été l’échec complet.

Chez James c’est ce qui m’a semblé proche du Tohu-bohu et d’une prise de conscience qui s’écarte à ce moment là pour interpréter sans arrêt tel que le mot interprétation a été...

Question 74 Je renverse le problème : comment peut-on imaginer comprendre l’autre, comment a-t-on imaginé se mettre à sa place ? Et là de nouveau j’avais fait des photocopies que je ne retrouve pas - déjà Nietzsche l’avait dit, mais James le dit de façon encore plus claire : il n’y a pas de fenêtres, nous habitons chacun dans un quelque chose avec une vue du monde qui n’a rien à voir avec les autres, il n’y a pas de communication possible.

Il décrit les interprétations, alors les interprétations justement, oui on peut interpréter l’autre mais croire qu’on le comprend, cela c’est l’aberrance la plus complète.

Alors comment peut-on poser la question quand au fond on soupçonne que la question est posée par quelqu’un qui connaît parfaitement la réponse - comme beaucoup de ces questions ?

I.S. Bin évidemment puisqu’il s’agissait de mettre d’autres que toi dans la position d’avoir à en parler, toi tu as la scène et l’arrière-scène mais n’en profite pas trop...

C’est pour cela que les questions sont difficiles pour moi...

Tâches de les prendre platement, de les prendre comme occasion pour raconter des choses qui interviendront…

J’ai pris les questions Question 24 ; Question 25 ; Question 26 ; Question 29 ; Question 31 ; Question 46 elles me semblent être toujours la même question : comment dire l’échec ou la réussite d’une tentative sans la juger... est-ce que cela mène quelque part... partagez-vous le soucis... comme ne menant nulle part... il y a tout un groupe de questions qui font partie de la voie royale, où on était propriétaire, on savait ce que l’on devait faire pour arriver à un bon résultat etc. etc.

Maintenant l’ouverture à la réalité des choses empêche ces questions parce que je suis obligé de répondre : ou bien on opte pour la prise de propriété des enfants, de son futur par rapport à ce que l’on connaît de son passé en disant on a eu tort de faire cela et dorénavant je ne le ferai plus parce que je veux un meilleur résultat ; ou bien on voit la réalité des choses qui est que l’on est étranger pour les plus proches et que imaginer que l’on pourrait savoir où cela mène est un fantasme, est une aberration.

Donc là il y a un très grand problème parce qu’il y a énormément de questions qui ont l’air de sous-entendre, sans doute avec raison, que l’autre appartient à un dispositif qui a fait ses preuves pendant des millénaires et qui est le dispositif de la rupture Nietzsche/Wagner, qui est la tentative de faire du beau, de faire des propriétaires des choses, des propriétaires des idées des autres etc. etc. Alors à partir du moment où des tas de choses nous indiquent, que cela soit Nietzsche, Cage mais il y en a des flottes enfin, on peut en citer des centaines, nous ont indiqué qu’il y avait un autre comportement possible et déjà sur le terrain, ces questions n’ont pas de sens, on ne sait pas y répondre.

I.S. Attends, la question 25 par exemple : si il n’y a pas de jugement est-ce qu’il y a pas pourtant échec et réussite, en tous cas James accepterait parce justement des choses qui réussissent...

Question 25

Je réponds par l’homéopathie. En ce sens que ce qui importe à la personne c’est de se porter mieux et pas de savoir pourquoi elle a été guérie. Cela c’est la sagesse chinoise également mais nous sommes tous repris dans cette situation : ou bien on veut maîtriser pourquoi on se porte mieux et on a des dépenses de santé monstrueuses, on passe d’une radio à un examen cardiaque etc.

Ou bien on mise sur la vie, on mise sur justement l’inconnu de ne pas pouvoir tout maîtriser et à ce moment là, je pense que le dispositif peut être comparé avec l’homéopathie on ne pourra jamais le maîtriser.

On l’a vu à la Sorbonne avec Imberti et d’autres, que l’on ne trouve pas de protocoles scientifiques permettant de mieux comprendre mais qu’est-ce que l’on a besoin alors de comprendre à ce moment là ? On a besoin simplement de voir si cela nous donne l’impression de fonctionner.

Alors quels sont les interprètes, les acteurs de la chose ?

Ce sont d’abord les parents, sinon les enfants ne seraient pas là ; ce sont les enseignants puisque les parents ont mis là les enfants pour qu’ils soient enseignés, sinon ils resteraient chez eux ; et ce sont en fin de course les enfants. Si tous ces gens là sont contents de ce qui s’y passe et du résultat, est-ce qu’il faut encore demander à la science si il faut continuer ou s’il ne faut pas continuer ?

Je pense que l’on se trouve dans une situation, comme tu avais fait un article il n’y a pas longtemps dans je ne sais quelle revue, devant le même problème que l’homéopathie, en disant oui, oui mais non...